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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 12:56

Amou Daria, Syr Daria et ….coton : une tragique histoire d'amour???

 

Deux fleuves alimentent la mer d'Aral : la Syr Daria au nord qui se jette au nord de la mer d'Aral au Kazakhstan, et l'Amou Daria au sud, qui se jette au sud de la mer d'Aral en Ouzbékistan. Kazakhstan et Ouzbékistan, deux pays qui faisaient partie de la grande URSS, mais qui ont maintenant des intérêts différents. La grande richesse du Kazakhstan est le gaz et le pétrole, celle de l'Ouzbékistan, le coton qui représente 38% de l'économie du pays. L'ouzbékistan figure parmi les premiers pays producteurs de coton au monde.

Les soviétiques, pour ne plus être dépendants du coton américain, avaient développé des cultures intensives de coton dans les pays d'Asie Centrale, principalement au Tadjikistan et en Ouzbékistan.

Ces cultures ont asséché les deux grands fleuves, provoquant l'assèchement dramatique de la Mer d'Aral.

La Syr Daria et l'Amou Daria drainent la quasi totalité des rivières des massifs du Pamir, du nord de l'Indu Kusch et du Tien Shan à l'ouest de la frontière chinoise.

 

 

L'AMOU DARIA

 


Au Tadjikistan, elle s'appelle la Pamir et se dirige d'abord plein sud  jusqu'à Langar.




Là une autre rivière  arrive de l'est d'Afghanistan , la Wakhan, qui donnera son nom à cette magnifique vallée.




Les deux rivières réunies s'appellent désormais le Pianj  qui fera la frontière entre Tadjikistan et Afghanistan.



 


Arrivant en Ouzbékistan, elle prendra le nom d'Amou Daria, continuera son rôle de frontière avec l'Afghanistan sur 200km, puis entrera au Turkménistan. Nous la retrouverons au nord de Boukhara, de nouveau frontière entre Ouzbékistan et Turkménistan, jusqu'à Ourgench, près de Khiva,




où elle sera ouzbek à part entière pour se jeter quelques centaines de km plus loin dans la mer d'Aral.

 

Frontiere entre Tadjikistan et Afghanistan cette rivière que nous voyons grandir rapidement



alimentée par les nombreux torrents de l'Indu Kusch et du Pamir, va devenir une rivière au flot tumultueux qui nous donne des frissons lorsqu'une route abimée nous la fait surplomber d'un peu trop près.




Quittant les régions montagneuses du Pamir, elle va être asséchée petit à petit au Tadjikistan, puis aen Ouzbékistan pour subvenir aux besoins de la culture du coton, avide d'eau. Sans doute le Turkménistan profite-t-il aussi de ce fleuve pour les cultures de coton ou autres.

 

 


LA SYR DARIA



 

Le second grand fleuve d'Asie Centrale est la Syr Daria  qui s'appelle Naryn au Kirghizstan, et se jette dans la mer d'Aral au Kazakhstan, et dont nous avons longé le cours dans de magnifiques canyons entre Bishkek et Jalalabad au Kirghizstan.


Le guide Lonely Planet parle de « désastre » et signale les « mares stagnantes » de la rivière maitrisée par les différents barrages.

 


Nous avons trouvé que ces lacs magnifiques n'avaient guère l'allure de mares stagnantes et tous ces barrages permettent aux maisons les plus oubliées d'avoir l'électricité.

 



Sans doute toutes ces lignes électriques qui sillonnent les magnifiques paysages de l'Asie Centrale ne sont pas du plus bel effet, mais qui a le droit de demander à "l'autre" de continuer à utiliser la bougie pour sauvegarder les paysages et l'écologie, alors que l'on a la chance d'avoir l'électricité à discrétion dans notre pays?

Ce sont les mêmes qui vont déplorer la perte d'une certaine authenticité en voyant chaque maison isolée, chaque yourte au milieu de la steppe kirghizse ou mongole, équipée de panneaux solaires et d'une antenne satellite. On apprécie le romantisme du bon vieux temps quand ils ne concernent …. que les autres!

Nous pensons au contraire que ce luxe leur permettra de continuer  plus longtemps leur saine vie nomade au lieu de venir s'entasser dans des villes déjà trop peuplées à la recherche d'une civilisation bien malade....

 

 

 

LE COTON EN OUZBEKISTAN

 

Le coton fait partie de la vie de chaque ouzbek. Tout le monde est concerné, du moins en ce qui concerne la récolte.

Le coton est planté en avril. D'abord sous tunnel plastique, il est dés le mois de mai en plein air et au mois d'aout apparaît la fleur.



Celle-ci évoluera ensuite sous la forme d'une coque close.

 

 


Dés les premiers froids, en général fin septembre, la coque explose et le coton apparaît.

 


La récolte se fait en tirant le coton de la coque qui reste sur place.
Dans le coton extrait se trouve les graines qui seront séparées des fibres dans les fabriques et qui serviront à faire l'huile de coton, entre autres, élément indispensable à la réussite du Plov, plat national en Ouzbékistan et répandu dans toute l'Asie Centrale et la Russie.

 


Au moment de la récolte, toute la population est mobilisée. Lorsque en avril nous parlions de peut-être revenir en octobre, on nous répétait invariablement : « Nous serons dans le coton! ».

Les élèves des écoles et universités de plus de 15 ans vont passer deux mois dans les champs de coton, sous la garde de leurs professeurs, eux aussi mobilisés. Selon eux, les jeunes apprécient cette période car ils mangent et dorment sur place, leur permettant le soir de faire la fête entre copains, ce qui, dans une société où les parents montent la garde jusqu'au mariage, est en effet une aubaine!

Les professeurs habitent sur place avec leurs élèves, les surveillent dans les champs : « Debout! », « Cueille! »,.... et leur font la cuisine.

Tout ce monde n'est pas payé mais le fermier verse aux professeurs une somme qui leur permettra  d'acheter la nourriture.

Les professeurs ayant de jeunes enfants peuvent être dispensés de cueillette, mais nous en avons rencontré une qui venait d'y être envoyée par le directeur de son école. Elle partait le lendemain et ne savait pas encore qui garderait ses enfants de 2 et 4 ans. « Peut-être ma mère? » mais quand nous sommes passés chez la mère, elle était elle aussi dans le coton.... Mais cela semblait moins préoccuper notre professeur que le fait qu'il allait faire très froid!

Nous n'avons pas compris exactement comment cela se passait avec les écoles car certaines continuent de fonctionner pendant cette période. Peut-être certains élèves d'écoles privées sont dispensés de cueillette? Nous n'avons pas eu d'informations à ce sujet, ni d'explications sérieuses.

 


La cueillette se fait chaque jour, dimanche compris, et il y a trois jours de repos toutes les deux semaines. Les coques ne s'ouvrant pas toutes en même temps, et le coton devant être cueilli rapidement après l'ouverture de la coque, trois ou quatre passages à une semaine d'intervalle environ seront nécessaires pour chaque champ.

Les cueilleurs ont un grand sac attaché à la ceinture où ils déposent le coton et qu'ils vont vider dans des chariots à haut bord.

 

 

Chaque famille doit « donner » une personne à la cueillette du coton. Nous avons cru comprendre que si cette personne ne travaillait pas habituellement, elle recevait un salaire fonction du nombre de sacs cueillis. Nous avons souvent rencontré des groupes d'hommes et de femmes attendant les bus de ramassage, ou les cantines improvisées au bord des routes, ou les samovars pour le thé.

Il est impressionnant de voir l'activité dans les champs de coton à cette période car il ya vraiment beaucoup de cueilleurs dans les champs.



Sur la route, les tracteurs tirent les chariots et vont les vider dans des entrepôts où le coton sera stocker sur des tas plus hauts qu'une maison.

 

 


La plupart des champs appartiennent à l'état. Le coton est la richesse du pays et chacun se doit d'y participer. C'est un fait acquis et accepté. La propagande est très bien faite.

 


Mais que pensent les ouzbeks de ce coton qui assèche leur mer d'Aral?

Nous avons cru comprendre que pour eux, il s'agit de deux choses différentes. Si est reconnu que l'assèchement de la mer d'Aral a mené une population de pêcheurs à l'inactivité, a modifié le climat qui est devenu plus sec avec moins de précipitations, désertification des terres et vents plus violents, la culture du coton ne saurait être remise en question.
Un paradoxe de plus : les régions proches de l'Amou Daria sont grandes productrices de riz. Nous ne connaissons pas grand chose en agriculture mais il nous semble que le riz est lui aussi un grand consommateur d'eau.

 

Entre 1966 et 1993, le niveau de la mer d'Aral a baissé de 16 mètres et ses rives orientale et méridionale ont reculé de 80 km. Les deux grands ports de pêche, Aralsk au Kazakhstan et Moynaq en Ouzbékistan sont à des dizaines de km de la mer actuelle.

Nous ne sommes pas allés à la Mer d'Aral. La plupart des touristes s'y rendent pour regarder les bateaux rouillés et échoués, et juger le recul de la mer. Monyaq est une ville fantôme où les habitants ne sont pas vraiment accueillants, paraît-il, ce que l'on comprend sans peine... Tout d'abord la piste pour s'y rendre est très mauvaise et longue et le spectacle désolant d'une ville de pêcheurs en déclin par manque d'eau (un comble pour un pêcheur!) n'est pas pour nous attirer. Je me souviens dans notre village d'un incendie sur les décombres duquel on avait mis une pancarte : « On ne contemple pas la misère ». En ce sens, faire une visite touristique à la Mer d'Aral nous semble être une forme de voyeurisme....

Il nous semble que l'assèchement de la mer d'Aral alarme  plus  la communauté internationale que les ouzbeks eux-mêmes. On retrouve ce besoin de se mêler des affaires des autres que l'on veut aider ou conseiller sans qu'ils ne le demandent. Le cotron est la richesse de l'Ouzbékistan ; on pourrait imaginer que la communauté internationale se mobilise en versant des subventions au pays , lui permettant ainsi de diminuer la production du coton et de permettre à l'Amou Daria de remplir de nouveau la mer d'Aral? Mais chacun sait que les subventions se donnent et...se suppriment! rendant ainsi le pays totalement dépendant des donateurs.Le président ouzbek ne semble pas avoir le caractère d'un dépendant..... (opinion tout à fait personnelle!!!)

Nous avons traversé l'Amou Daria au nord de Nukus, à moins de 200 km de la mer d'Aral. Elle semblait se porter encore assez bien puisque nous avons traversé successivement quatre bras ou canaux identiques et qui semblaient loin d'être à sec.

 


Peut-être aussi les pêcheurs de la mer d'Aral devraient-ils s'adapter à une autre vie car doit-on demander à la population de tout un pays de sacrifier la culture du coton, leur vraie richesse, pour sauvegarder l'économie de quelques familles de pêcheurs?

Tout ceci n'est qu'une opinion personnelle et n'engage que nous. Cette observation est certes très, très subjective.....

 

 

 

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